• Judiciaire: les fermiers avaient fait de Kurt leur esclave.

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    C’est un dossier glauque qu’examinait, lundi dernier, le tribunal correctionnel. Jenny (66 ans) et Valentin (40 ans), mère et fils, exploitaient une ferme à Oreye. Ils sont suspectés d’avoir également exploité la détresse d’un homme pour l’asservir et, par la même occasion, pour vider son compte en banque.  
     
    Valentin et Jenny sont poursuivis pour des préventions de traite des êtres humains et de détournements. Ils nient tous les deux les faits. Ils sont suspectés d’avoir hébergé Kurt, un sexagénaire, dans une ancienne laiterie de la ferme et dans des conditions contraires à la dignité humaine. Le Sérésien, en proie à des problèmes financiers, était fragilisé par une situation familiale chaotique. Les fermiers en ont fait leur esclave.
    Mère et fils sont aussi suspectés d’avoir détourné 32.771,55€ au préjudice de Kurt. Plusieurs paiements ont été effectués, avec la carte de Kurt, dans des commerces d’Oreye, de Saint-Trond, de Waremme, etc. Sa carte de banque a été retrouvée, lors d’une perquisition, dans le portefeuille du papa de Valentin.
     
    Un Sérésien précarisé
    C’est Valentin qui a fait entrer Kurt dans l’exploitation agricole à Oreye. « Je l’avais déjà vu au marché aux bestiaux de Saint-Trond. Et je l’ai recroisé, en mai ou en juin 2016, au bord d’une de mes prairies alors que j’allais voir si les animaux se portaient bien. Il était là quasiment chaque jour. On a un peu discuté et il m’a expliqué qu’il dormait dans une camionnette. Sans que je ne lui demande rien, il m’a détaillé qu’il avait un travail, 38h/semaine, dans une société active dans le secteur de la métallurgie, mais qu’il avait d’importants problèmes financiers suite à une séparation, des pensions alimentaires pour ses enfants et des dettes à épurer. »
     
    Toujours selon Valentin, Kurt serait revenu à la charge pour lui demander s’il n’avait pas une pièce afin qu’il puisse dormir au chaud car les nuits de septembre devenaient fraîches. « J’ai refusé plusieurs fois mais il a insisté et j’ai cédé. J’ai accepté à la condition qu’il cherche un appartement. Je lui ai alors aménagé une pièce avec un WC, un lit, un évier et un frigo et trois chauffages d’appoint électriques qui ont fait exploser ma facture chez Lampiris. »
     
    Et la juge de rectifier. « Un lit, c’est vite dit. C’était un matelas gonflable qui se dégonflait tout le temps. Le local mis à sa disposition était une ancienne laiterie et s’il y avait un évier, le robinet ne fonctionnait pas. Et si un moment il a fonctionné, ce n’était que de l’eau froide. » Et la juge de questionner. « Et, en échange, ce monsieur devait travailler dans la ferme ? ». Et Valentin de nier. « Il effectuait de petites tâches mais ce n’était pas du travail. Il nettoyait la cour et la camionnette au Karcher, il balayait la cour, il arrosait les fleurs et, de temps en temps, il s’occupait des quelques bêtes qui restaient dans l’exploitation. Vous savez, l’exploitation tournait bien sans lui. »
    « Ce n’était pas du travail mais un passe-temps », ajoutait Jenny, la maman de Valentin.
    Lorsque la juge a questionné Valentin et Jenny sur les 32.771,55 € qui ont disparu du compte en banque de Kurt, ces derniers se sont rattrapés aux branches. « Nous ignorions que sa carte de banque se trouvait dans un tiroir chez nous », signale Valentin. « C’est lui qui la rangeait là, je suppose. Chaque fois que nous utilisons sa carte de banque, Kurt était avec nous. C’était des achats pour lui. » Une version que les caméras de surveillance des magasins ne confirment pas.
    Le ministère public et les avocats feront état du réquisitoire et des plaidoiries le 18 janvier 2021.