Enlèvements d'enfants: psychose à Oreye !

 oreye ecole.JPG« Je suis venu chercher ma petite fille juste après l’école. D’habitude, elle reste plus tard à la garderie », nous confie Albert Leduc, devant l’école communale d’Oreye. Ce papa ne perd pas une seule minute. Dès que sa petite Elsa pointe le bout de son nez, il l’accompagne jusqu’à la voiture. Il faut dire qu’Albert Leduc a de quoi être tracassé. Ce vendredi, lui et les autres parents d’élèves ont découvert dans le cartable de leur petite tête blonde un courrier plus qu’alarmant. « Voici une information de la plus haute importance de la police judiciaire section pédophile. Une camionnette tente d’enlever les enfants aux abords des écoles. L’homme a des traits africains et un nez fort écrasé », énonce ce document.

Évidemment, les parents ne sont pas restés insensibles à cette lettre. Beaucoup de ces Orétois croient dur comme fer que des pervers rôdent près de l’école de leurs enfants. Puisque, apparemment, la direction et la police relayent l’information... Bref, il ne s’agirait pas que d’une simple rumeur. «Au départ, mon mari disait que ce n’étaient que des histoires, des mensonges. Mais si c’est un communiqué officiel de l’école, on se dit que c’est la vérité. En plus, le professeur de mon fils lui a expliqué ce qu’est un pédophile pendant ses cours. Depuis, il voit cette fameuse camionnette partout. Les vôtres aussi ?», interpelle Geneviève Roulxiaux.

Les autres parents d’élèves acquiescent directement. Albert Leduc enchaîne : « En tout cas, si c’est une rumeur, c’est très grave. Les enfants ont vraiment été choqués par cette histoire». La preuve, sa petite Elsa pose beaucoup de questions et a du mal à trouver le sommeil. «Je savais qu’il y avait des méchants, mais pas près de mon école », nous confie la petite fille. De son côté, son papa boulanger est de plus en plus suspicieux. « Ce dimanche après-midi, un gars est venu frapper à ma porte. Il voulait des batteries pour sa voiture. Vous auriez dû voir son véhicule : une camionnette, justement. Avec plein de choses étranges à l’intérieur. En plus, sa plaque d’immatriculation était étrangère. J’aurais dû appeler la police...», glisse-t-il.

1.JPGHeureusement, jusqu’à présent, aucun de ces parents n’a aperçu de pervers essayer d’enlever les élèves. Mais ils en sont certains : il n’y a pas de fumée sans feu. Dans les couloirs de l’école, c’est d’ailleurs LE sujet de conversation de leurs enfants. «Mon petit-fils m’a même demandé si les pédophiles voulaient l’attraper. Je ne suis pas vraiment favorable à ce courrier car il inquiète les enfants», indique Henriette. Mais même si cette mamy semble moins alarmiste que d’autres, elle est allée chercher son enfant juste devant l’école.

En effet, le terrain de foot, où les enfants sortaient d’habitude, juste à côté de l’établissement, est considéré comme dangereux. «C’est là qu’on aurait vu les pédophiles. Depuis, l’école a fermée la barrière pour qu’on ne puisse plus y accéder», nous montre Albert Leduc, bien décidé à protéger sa petite Elsa.

La directrice réagit

Selon la directrice de l’école communale d’Oreye, Anne-Marie Daerden, ce courrier a été envoyé par mail aux différents établissements scolaires de la région. «Cela a circulé entre les directions. Pour moi, c’est un devoir de rappeler qu’il faut être vigilant. C’est pour dire aux parents de faire attention aux dangers de la société. Je pense qu’ils sont contents d’être informés. Mais il ne faut pas succomber à la psychose. Il n’y a pas de pédophile à chaque coin de rue », commente-t-elle. La directrice n’a pas contacté la police pour vérifier l’information. « Les directions des écoles ne sont pas assez bêtes que pour relayer un courrier non officiel. Puis, cela dit que ces faits se passent dans une région. C’est vaste, une région ». En tout cas, la directrice n’a jamais vu de camionnette avec des personnes suspectes aux abords de l’école. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter pour le moment. « Mais, vous savez, j’aurais été mise sur la sellette si je n’avais pas informé les parents »

La bourgmestre réagit

albert.JPGEn tant que maman d’une fillette inscrite à l’école communale de son village, la bourgmestre orétoise a aussi reçu le courrier d’information distribué aux parents à la fin de la semaine dernière. « La directrice de notre école a été informée par un courrier électronique envoyé par Véronique Tirtia, la directrice de l’école communale de Longchamps », précise Isabelle Albert. «Personnellement, je n’ai reçu aucune info particulière d’une quelconque autorité. Mais j’estime important que nos parents soient alertés, même si la camionnette suspecte n’est a priori jamais passée chez nous. C’est interpellant.» Pour la première citoyenne orétoise, il convient d’appliquer le principe de précaution. « Personnellement, j’a été élevée dans la rue, mais c’était une autre époque», poursuit Isabelle Albert. «Depuis le drame de Julie et Mélissa, les comportements ont changé, nous sommes tous beaucoup plus attentifs pour nos enfants. »

La Police de Liège réagit

police.JPGFait assez inhabituel, la police de Liège a, dans ce dossier, adopté une attitude proactive. Une institutrice de l’école primaire de Waremme avait été avertie par son époux, un policier de la section mœurs, d’une tentative d’enlèvement d’un enfant, le 6 mars dernier, à Jupille. En bon père de famille, l’enquêteur rappelait les mesures de précaution élémentaires à adopter dans et aux abords des écoles. L’institutrice de Waremme en avait parlé au sein de son établissement. L’information s’était alors répandue, comme une traînée de poudre, dans la commune voisine d’Oreye. Là, la directrice de l’école primaire avait alors rendu cette info publique via un document distribué aux parents des élèves.

Pascal Gillot, inspecteur principal en charge de la communication externe à la police de Liège apportait quelques éléments : «Cette directrice manquait d’éléments pour pouvoir juger les faits avec discernement. Elle aurait dû demander des informations complémentaires auprès des services concernés avant de publier sa lettre. Sans s’en rendre compte, elle a provoqué une véritable psychose. Les réseaux sociaux se sont emparés de l’info qui est devenue complètement incontrôlable. Il existe bien un dépôt de plainte pour des faits qualifiés par le magistrat de tentative d’enlèvement sur un mineur d’âge commise à Jupille. Cependant, il apparaît qu’à l’heure actuelle, les faits ne sont pas avérés. Nous disposons seulement d’un témoignage d’un enfant. L’enquête est toujours en cours et l’enfant doit être auditionné à l’aide de techniques spécifiques».

On se souvient que, durant l’été 2012, trois Roumains actifs dans le secteur de la récupération des vieux métaux avaient passé plusieurs mois en prison en raison de fausses accusations d’enlèvement formulées par des enfants et adolescents à Seraing. L’effet parapluie avait donc mené trois innocents à Lantin. «Rien ne permet non plus de relier la présumée tentative d’enlèvement de Jupille à des faits commis, il y a trois semaines, à Pepinster», souligne Pascal Gillot. «Ceux-là non plus ne sont pas avérés. Évidemment, nous ne mettons pas en doute la parole des enfants mais, actuellement, l’enquête ne permet pas de s’arrêter sur quelqu’un, ni même sur un modèle de véhicule. Et encore moins de les traquer»

(La meuse huy-Waremme de ce jour)

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