état des routes

  • Des communes vont dans le mur. Par manque de moyens, elles ne réparent que dans l’urgence...

    Capture.JPGSelon la Fédération wallonne des entrepreneurs de travaux de voirie, les communes ne sont plus capables de traiter préventivement les fissures. Elles attendent l’apparition des nids-de-poule pour intervenir. « On fait du cache-misère et c’est une bombe à retardement », prévient Didier Block de la FWEV.  

    « L’apparition d’un nid-de-poule est toujours un constat d’échec. On a laissé l’enrobé bitumineux se dégrader alors que l’on aurait pu intervenir dès les premières fissures », indique Didier Block de la Fédération wallonne des entrepreneurs de travaux de voiries.
     
    Le mode de fabrication d’un nid-de-poule ne varie guère. Une première fissure apparaît et se ramifie tandis que d’autres surviennent. Après 5 ans en moyenne (tout dépend du trafic et de la structure de la route), le revêtement prend l’aspect d’une peau de crocodile. L’eau s’infiltrant de plus en plus profondément, elle finit par atteindre l’empierrement qui sert de fondation (entre 30 et 50 cm). À cause de ce ruissellement, le soubassement bouge et le revêtement plus haut s’affaisse. « À ce moment-là, les premiers morceaux s’arrachent. Tout s’accélère. Avec la succession des périodes de gel et de dégel ainsi que le passage des véhicules, le nid-de-poule ne met que quelques mois pour apparaître », décrit le représentant des entrepreneurs de voirie. Le processus peut aller encore plus vite en présence de camions : le poids par essieu peut grimper jusqu’à 13 tonnes.
     
    Au pifomètre
    Dans l’idéal, il faudrait agir avant la peau de crocodile. « Au début, il suffit d’injecter dans la fissure une émulsion de bitume. Si elle est plus large, on utilise d’autres produits », note Didier Block. « Avant, les provinces mettaient à disposition des communes des commissaires voyers. Ils analysaient l’évolution du réseau et permettaient d’anticiper les réparations à venir. Aujourd’hui, ce service n’existe plus que dans le Luxembourg. Dans le reste de la Wallonie, c’est l’échevin des Travaux, ou le bourgmestre, aidé par le directeur des travaux qui décide un peu au pifomètre », déplore notre interlocuteur.
     
    Selon lui, le traitement préventif est nettement moins cher que le curatif (reboucher ou refaire la route). « D’après mes calculs, qui peuvent être soumis à la critique, le coût annuel est inférieur de 50 % », assure Didier Block. Mais alors, pourquoi les communes n’agissent pas plus vite ? « Par manque de moyens financiers. Quasi tout l’argent part dans les réparations d’urgence. Et si les communes planifiaient l’entretien à mener à l’horizon de 5 ou 10 ans, une partie d’entre elles comprendrait qu’elles n’ont pas le budget suffisant ». Des villages ont un réseau très étendu pour un nombre réduit d’habitants.
     
    Toujours par manque de moyens, des communes se résignent à reboucher les trous, sans s’occuper de l’assise. Résultat, un nouveau nid-de-poule survient. « On fait du cache-misère. Cette technique est une véritable bombe à retardement. Le nombre de nouveaux nids-de-poule qui apparaissent chaque année est supérieur à la quantité de ceux qui sont réparés. Certaines communes vont droit dans le mur », conclut le spécialiste. (Y. H - La Meuse du jour 21-03-18)

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